La petite musique des auteures japonaises

Des romancières de talent, un univers poétique faussement léger, un imaginaire puissant et un humour réjouissant, les jeunes auteures japonaises font une entrée heureuse et remarquée dans le monde de la littérature.

Quoi de plus poétique et mystérieux qu’un roman japonais ? De ce point de vue-là, la relève est assurée par de jeunes romancières japonaises qui féminisent la littérature nippone contemporaine, à notre plus grande joie.

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Dans Le restaurant de l’amour retrouvé de la romancière Ito Ogawa (éditions Philippe Picquier), best seller au Japon, l’auteure mêle description du monde rural d’aujourd’hui, gastronomie et merveilleuses images des différents mets succulents préparés par l’héroïne en fonction du caractère de ses clients, et qui ont, semble-t-il, le pouvoir d’apporter le bonheur à ceux qui les goûtent.

Un petit bijou de raffinement
A l’instar du grand maître Haruki Murakami particulièrement dans Kafka sur le rivage et dans ses recueils de nouvelles Après le tremblement de terre et L’éléphant s’évapore, on retrouve dans ce petit bijou de raffinement, un imaginaire puissant qui nous transporte : une jeune femme qui perd sa voix, des animaux doués de pouvoir, un lapin anorexique, le cochon Hermès qui fait partie de la famille. 

L’autre point commun saisissant est la manière dont les relations familiales sont dépeintes : des rapports complexes, des personnages en profonde rupture avec leur famille, ayant souvent fui toutes les traditions en même temps que le domicile familial, et l’influence considérable de ces liens sur la vie des personnages. Un vrai régal de poésie, adapté au cinéma en 2010 par la réalisatrice Mai Tominaga.

La difficile place des femmes dans le Japon moderne
Avec un style plus rythmé, dans Trembler te va si bien (éditions Philippe Picquier), la jeune romancière tokyoïte de 30 ans Wataya Risa nous livre la vie et le quotidien d’une jeune femme active dans une grande entreprise japonaise. On est bien loin des descriptions du calvaire d’Amélie Nothomb dans Stupeur et tremblements. Néanmoins, l’avenir et les aspirations de cette jeune fille qui doit renoncer à son amour de jeunesse et choisir l’homme pour lequel son cœur ne bat pas, cédant aux pressions de la société, évoquent avec finesse la misogynie latente et la difficile place des femmes dans le Japon moderne. 
On se régale à la lecture de ce roman faussement léger et d’un humour réjouissant. Cette jeune auteure a déjà reçu le prix Akutagawa (l’équivalent du prix Goncourt japonais) à seulement 19 ans pour son deuxième roman.

Un récit de portée universelle
Une autre auteure Julie Otsuka nous emmène cette fois dans l’Histoire avec son roman choral bouleversant Certaines n’avaient jamais vu la mer (éditions 10-18), Prix Femina étranger 2012 et Pen Faulkner Award 2012. Entre roman historique et récit de témoignages, Julie Otsuka a puisé dans l’Histoire et dans son histoire familiale pour raconter le parcours de jeunes femmes japonaises en 1919, embarquant pour une longue traversée vers San Francisco où les attendent des hommes à qui elles sont mariées par procuration. Elle donne à ce récit une portée universelle en choisissant de ne pas raconter le parcours d’une femme mais de faire de toutes les femmes de ce voyage ses héroïnes.

Bonne lecture !

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